Officiellement lancée sur toute l’étendue du territoire, la rentrée 2026-2027 peine à devenir effective. De 15% de présence dans certaines localités du Nord-Ouest à plus de 80% à Douala, le constat est celui d’une reprise à deux vitesses. Pour des milliers de familles, le premier jour de classe ne dépend plus du calendrier du ministère, mais du budget du foyer.
Ils étaient 6.557.494 attendus dans le préscolaire et le primaire, près de 8 millions tous niveaux confondus pour cette rentrée 2026-2027. Mais le jour J, toutes les chaises n’étaient pas occupées.
Sur le terrain, la reprise se fait par paliers. À Douala, le Lycée bilingue de Deido a enregistré 80,8% de présence avec 4.203 élèves sur 5.300 attendus. Dans le Sud, le préfet de l’Océan s’est satisfait d’un taux compris entre 70 et 80% à Kribi.
Le contraste est saisissant ailleurs. Dans le Nord-Ouest, le département du Donga-Mantung n’affichait que 47,23% de présence dans le secondaire le premier jour, et à peine 15,56% à Nwa. Dans l’Extrême-Nord, les autorités déplorent une baisse de 5.644 candidats aux examens officiels par rapport à la session précédente.
Le premier obstacle reste financier. Frais d’APEE passés de 5.000 FCFA dans les années 90 à 25.000 FCFA aujourd’hui dans le secondaire public, fournitures, uniformes: la facture de septembre est la plus lourde de l’année pour les ménages. Une réalité que le ministre de l’Éducation de base, Laurent Serge Etoundi Ngoa, reconnaît lui-même en appelant à « une réflexion afin que chaque enfant puisse non seulement accéder à l’école, mais aussi y rester ».
« Ici en zone rurale, les parents disent à leurs enfants que la rentrée n’est pas effective le premier jour », résume Sylvie Claire Anaba, institutrice à Afanloum, à 80 km de Yaoundé. Une parenthèse qui décale la reprise de deux semaines.
Côté officiel, la ministre des Enseignements secondaires, Nalova Lyonga, a fixé le cap pour 2026-2027: « la transformation numérique et l’intelligence artificielle pour une gouvernance inclusive et des enseignements de qualité ». Non sans tancer « la gestion boutique où un lycée se résume à collecter les frais d’APEE ».
Dans le supérieur, la rentrée est déjà à l’arrêt. Le SYNES a décrété une grève illimitée depuis le 3 septembre, décrétant « l’université morte » dans les huit universités d’État. Une réunion de crise convoquée le 11 septembre par Jacques Fame Ndongo a été boudée par le syndicat, qui propose de renouer le dialogue entre le 15 et le 18 septembre.
Au final, le ministère compte les présents, mais ce sont les absents qui racontent la vraie rentrée. Celle qui ne se joue pas dans les discours sur le numérique et l’IA, mais dans les tontines, les crédits et les « attends, je vais voir » des parents. Tant que 25.000 FCFA d’APEE resteront un mur, la date officielle de la rentrée ne sera qu’une date indicative. Pour les autres, la cloche n’a pas encore sonné.





