L’armée israélienne a éliminé vendredi trois hommes qu’elle présente comme des « terroristes » dans la région de Jénine, au nord de la Cisjordanie occupée. Une opération rare dans ce territoire, où les incursions terrestres sont pourtant monnaie courante, et qui intervient dans un contexte de tensions ravivées.
L’armée israélienne a annoncé avoir tué, vendredi 28 août, trois Palestiniens lors d’une frappe de drone menée à l’ouest de la ville de Jénine. Selon Tsahal, il s’agit d’un activiste du Hamas, Qais Bitawi, et de deux de ses complices, qui circulaient à bord d’un véhicule lorsqu’ils ont été pris pour cible.
Cette attaque constitue la première frappe aérienne israélienne en Cisjordanie occupée depuis près de dix mois, la précédente remontait au 28 octobre 2025. Un fait suffisamment rare pour être souligné, alors que les opérations terrestres, les arrestations nocturnes et les incursions dans les camps de réfugiés sont, elles, quasi quotidiennes.
Qais Bitawi, 22 ans, présenté comme un responsable local du Hamas
Dans un communiqué conjoint, l’armée israélienne, le Shin Bet (service de sécurité intérieure) et l’unité d’élite Yamam ont identifié la cible principale comme étant Qais Bitawi, 22 ans, décrit comme un « terroriste senior » du réseau de Jénine.
Il était, selon eux, responsable de l’activité locale du Hamas dans le camp de réfugiés de Jénine, et entretenait des liens avec des responsables du mouvement islamiste dans la bande de Gaza et à l’étranger.
Tsahal l’accuse d’avoir participé à la direction, au financement et à l’exécution d’attaques visant des Israéliens, et d’avoir œuvré à la reconstruction du réseau local du Hamas, démantelé lors de l’opération « Mur de fer » lancée par l’armée israélienne en 2025 dans le nord de la Cisjordanie. Une arme à feu aurait été retrouvée dans le véhicule des trois hommes, selon la même source.
Revendications contradictoires : Hamas et Jihad islamique
Sur le terrain palestinien, les réactions ne se sont pas fait attendre, mais elles dessinent un tableau pour le moins confus. Si le Hamas a condamné la frappe, qu’il qualifie de « massacre », il n’a pas officiellement revendiqué Qais Bitawi comme l’un des siens.
C’est en réalité la branche armée du Jihad islamique palestinien, les Brigades Al-Qods, qui a affirmé que les trois hommes étaient ses combattants, présentant Bitawi comme « l’un des dirigeants les plus éminents » de l’organisation en Cisjordanie.
Une revendication directement contredite par les Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche militaire du Hamas, qui ont de leur côté confirmé la mort de Bitawi en le présentant comme l’un de leurs commandants.
Cette confusion illustre les rivalités et les jeux d’alliances complexes qui traversent la nébuleuse des groupes armés palestiniens, souvent prompts à s’approprier la mémoire de leurs « martyrs » pour renforcer leur légitimité sur la scène locale.
Le Croissant-Rouge palestinien dénonce des entraves israéliennes
Sur le terrain, l’intervention des secours a été entravée. Le Croissant-Rouge palestinien a affirmé que des soldats israéliens s’étaient rendus sur les lieux de la frappe, une maison en construction à l’ouest de Jénine, et avaient brièvement retenu ses équipes, les empêchant de transporter les blessés ou les dépouilles vers l’hôpital.
Selon l’organisation, le matériel médical a été confisqué et les ambulanciers ont reçu l’ordre de quitter les lieux sans avoir pu évacuer aucun patient. L’armée israélienne n’a pas réagi à ces accusations dans l’immédiat.
Des photos prises par un photographe de l’AFP montrent des soldats israéliens extrayant un corps de cette maison en construction, tandis que des véhicules militaires israéliens étaient déployés dans le secteur.
Un contexte de tensions ravivées en Cisjordanie et à Gaza
Cette frappe intervient dans un climat de forte instabilité. Le nord de la Cisjordanie, et plus particulièrement le camp de réfugiés de Jénine, est le théâtre depuis novembre 2025 d’une vaste opération militaire israélienne, baptisée « Mur de fer », qui a provoqué le déplacement de plusieurs milliers de Palestiniens et la destruction de nombreuses infrastructures.
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a d’ailleurs salué l’opération, affirmant que le camp de Jénine est désormais « évacué de ses résidents » et que l’armée y est « stationnée en permanence ». Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a, sur le réseau social X, célébré un « déjouement réussi ».
Parallèlement, dans la bande de Gaza, au moins cinq Palestiniens ont été tués vendredi dans trois frappes israéliennes distinctes, selon les autorités sanitaires locales. Une escalade que l’envoyé spécial américain pour la paix, Nikolay Mladenov, a jugée préoccupante, mettant en garde contre un risque d’effondrement du cessez-le-feu en vigueur dans l’enclave.
Selon un décompte de l’Associated Press cité par la presse chinoise, au moins 87 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie depuis le début de l’année 2026, tandis que trois Israéliens ont perdu la vie dans des attentats attribués à des Palestiniens.
Une escalade aux allures de bascule
Cette frappe, aussi ponctuelle soit-elle, pourrait marquer un tournant dans la gestion du conflit en Cisjordanie. Jusqu’ici épargnée par les bombardements aériens massifs qui ont dévasté Gaza, la Cisjordanie occupée voit désormais les frappes de drone s’inviter dans un répertoire d’action jusqu’alors réservé aux opérations terrestres.
Une stratégie qui, si elle se répète, pourrait transformer radicalement la nature du conflit dans ce territoire déjà sous haute tension.
CTV & Reuters





