Tirs nourris, explosions et coupures des médias d’État : Niamey a vécu une matinée de tensions, ce samedi 29 août, après une offensive menée par des soldats mutins contre l’aéroport international Diori Hamani et les abords du palais présidentiel. Si les forces loyalistes affirment avoir repris le contrôle de plusieurs sites, la situation reste confuse, notamment autour de la base 101 et de la zone aéroportuaire.
Selon des sources concordantes, dont une source sécuritaire nigérienne et le chercheur Yvan Guichaoua (Centre international d’études des conflits de Bonn), l’assaut a été lancé en début de matinée par des militaires venus des localités d’Ouallam, de Tera et de Dosso, dans le sud-ouest du pays.
Ces troupes, qui ont subi de lourdes pertes ces derniers mois face à la branche régionale de l’État islamique, auraient ciblé à la fois l’enclave aéroportuaire, qui abrite également une base militaire, et le périmètre sécurisé de la présidence.
Dès 8 heures locales (8 h GMT), la radio et la télévision d’État ont été rendues silencieuses, signe d’une prise de contrôle partielle des infrastructures de communication. Le gouvernement a toutefois diffusé un communiqué appelant au calme et annonçant la mobilisation des forces de sécurité.
Réactions officielles et situation fluctuante
Sur Facebook, Bana Wagana Ibrahim, membre du Bureau du Niger au sein du Conseil consultatif de l’Alliance des États du Sahel (AES) et député au Parlement de l’AES, a dénoncé une « attaque lâche » contre la base 101, affirmant que « nos forces de défense et de sécurité ont assuré » et que la situation est « sous contrôle ».
Mais, cette déclaration a été rapidement contredite par les faits : un journaliste de Reuters a rapporté de nouveaux coups de feu et des explosions violentes aux premières heures de l’aube, après ce message.
À 9h GMT, le palais présidentiel semblait sécurisé par les troupes loyalistes, mais la télévision d’État était toujours aux mains des mutins, et la zone autour de l’aéroport restait contestée, selon deux sources sécuritaires et un diplomate.
Un porte-parole du gouvernement nigérien n’a pas répondu dans l’immédiat aux demandes de commentaires.
Un contexte sécuritaire toujours fragile
Cette attaque est la troisième depuis le début de l’année à viser le complexe aéroportuaire et la base militaire adjacente.
En janvier, des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique avaient déjà frappé ces mêmes cibles, tandis que la branche ouest-africaine d’Al-Qaïda avait revendiqué un attentat en juin contre l’aéroport de Niamey, cinq mois après une attaque similaire revendiquée par l’État islamique au Sahel.
Depuis le coup d’État de juillet 2023 qui a renversé le président Mohamed Bazoum et porté le général Abdourahamane Tiani à la tête du pays, le Niger n’a pas réussi à endiguer la violence djihadiste, malgré les promesses répétées des autorités militaires.
Le pays, tout comme ses voisins maliens et burkinabè, est pris dans une spirale d’attaques attribuées aux groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique.
Virage géopolitique et enjeux énergétiques
Le gouvernement de Tiani a opéré un tournant stratégique majeur : il s’est éloigné des partenaires occidentaux traditionnels, a rompu ses liens avec la CEDEAO et a renforcé sa coopération avec la Russie, tout en formant avec le Mali et le Burkina Faso un bloc dissident au sein de l’AES.
Parallèlement, les autorités nigériennes accentuent leur emprise sur le secteur minier, en particulier l’uranium, dont le Niger est un fournisseur clé pour l’Europe (environ 15 % des approvisionnements d’Orano à pleine capacité).
La semaine dernière, le gouvernement a réattribué d’anciens permis d’exploitation d’Orano et de GoviEx à des entreprises soutenues par l’État, conformément à un décret – une décision qui pourrait aggraver les tensions avec les partenaires étrangers.
Alors que la capitale reste en état d’alerte, l’issue de cette nouvelle tentative de déstabilisation demeure incertaine.
Les forces loyalistes affirment avoir contenu l’offensive, mais la persistance des combats autour de l’aéroport et la mainmise des mutins sur la télévision d’État laissent planer un doute sur l’étendue réelle du contrôle gouvernemental.
Dans un pays déjà fragilisé par l’insurrection djihadiste et les bouleversements politiques, cet épisode illustre une fois de plus la vulnérabilité chronique des institutions nigériennes.
CTV avec Reuters





