8 féminicides en une semaine, 60 depuis janvier : au Cameroun, les femmes vivent sous la menace et le MINPROFF attend

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En sept jours, du 17 au 23 août, huit femmes ont été tuées. A Logpom, à Mendong, à Efoulan, à Elig-Omgba-Nsi. Des mères, des étudiantes, des femmes qui avaient fui leur bourreau ou qui avaient cru à une rencontre. Derrière chaque corps, une même réalité : la vulnérabilité des femmes camerounaises, livrées à une insécurité quotidienne que l’État ne parvient pas ou ne veut pas endiguer. Le MINPROFF promet une loi « pour bientôt ». En attendant, les femmes meurent.

 

Une insécurité qui ne date pas d’hier

Le Cameroun est l’un des pays les plus dangereux au monde pour une femme. Selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDS 2018), 44 % des femmes âgées de 15 à 49 ans en union ou en rupture d’union ont déclaré avoir subi des violences conjugales. Un chiffre qui ne fait qu’augmenter. En 2026, le MINPROFF lui-même recense plus de 60 féminicides depuis janvier, 50 en 2023, 67 en 2024, 77 en 2025. Une hausse de 54 % en deux ans. Et la ministre Marie-Thérèse Abena Ondoa le reconnaît : ces chiffres ne sont que la « face visible de l’iceberg ».

Derrière ces statistiques, des vies. Des femmes qui ne peuvent pas sortir sans craindre le regard, la main, le couteau. Des femmes qui, quand elles osent fuir un conjoint violent, sont rattrapées et tuées. Comme à Mendong, où une jeune femme avait prévenu : « S’il me retrouve, il me tue. » Elle avait raison. Son mari l’a retrouvée et exécutée.

Le MINPROFF : un ministère qui regarde

Face à cette hécatombe, le MINPROFF aligne les communiqués et les campagnes de sensibilisation. Mais sur le terrain, rien ne change. Pas de foyers sécurisés financés par l’État. Pas d’ordonnances d’éloignement. Pas de bracelets électroniques pour les conjoints violents. Rien. « Au Cameroun aujourd’hui, il n’existe aucun outil pour protéger une femme vivante », résume Me Yvonne Akoa, présidente de l’Association camerounaise des femmes juristes.

Quand une femme dénonce son mari, elle rentre dormir avec lui le soir même. Alors elle retire sa plainte. Et au ministère, on appelle ça « Le renoncement des victimes ». Non. C’est l’État qui renonce.

Une loi promise, une loi enterrée

Depuis 2023, le gouvernement travaille sur un « projet de loi spécifique aux violences faites aux femmes et aux filles ». Un texte qui, selon le MINPROFF, « permettra la prévention des actes de violences basées sur le genre, l’amélioration de la prise en charge des cas, la répression des auteurs ». Il est « actuellement en examen dans les Services du Premier ministre ». La ministre espère une adoption en novembre 2026.

Novembre. En attendant, les femmes continuent de tomber. Le collectif Stop féminicides 237, qui commémore chaque 31 juillet la Journée de la femme africaine, a encore une fois plaidé pour une loi. « On est fatiguées de pleurer, on est fatiguées de nous plaindre » a lancé une militante. « La loi est censée nous protéger. »

« C’est de la sauvagerie pure et simple »

Le député Cabral Libii a résumé l’impuissance générale : « Ce qui est en train de se passer au Cameroun, c’est de la sauvagerie pure et simple. » Il a raison. Une sauvagerie que le MINPROFF regarde, impuissant, depuis des années.

Pendant ce temps, le système judiciaire reste laxiste. Le Code pénal de 2016 ne criminalise toujours pas les violences conjugales comme un crime distinct. Les peines sont dérisoires. Les magistrats manquent de formation. Et les auteurs, souvent, bénéficient de la libération provisoire.

Huit femmes en sept jours. Soixante depuis janvier. Des centaines, peut-être des milliers, sous l’iceberg. Le MINPROFF attend novembre. Les femmes, elles, n’attendent pas. Elles meurent. Aujourd’hui, demain, et chaque jour qui passe sans loi. Quand les promesses deviennent des épitaphes, qui ose encore croire que les autorités protégeront les vivantes ?

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