La France était toujours confrontée vendredi à des feux de forêt violents qui ont entraîné l’évacuation de nombreux habitants, notamment dans les Landes et en Gironde, tandis qu’Emmanuel Macron a demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union européenne pour faire face aux incendies.
L’incendie qui a démarré à Saumos en Gironde a parcouru plus de 10.000 hectares, a rapporté le ministre de l’Intérieur Laurent Núñez, qui tenait dans la matinée une cellule interministérielle de crise depuis Bauveau.
« C’est le plus gros feu de la saison », a-t-il ajouté, précisant que le sinistre, contre lequel 1.000 sapeurs pompiers étaient mobilisés, était incontrôlable et continuait d’avancer.
« C’est un incendie XXL parce qu’il est imprévisible », a renchéri Sophie Brocas, préfète de la Nouvelle Aquitaine et de la Gironde, dans un point de situation à la mi-journée, notant que 53 maisons et un camping ont été détruits en Gironde.
« C’est pas facile d’évacuer une presqu’île (…) de 40.000 occupants, résidents, quand il y a une seule route (…) », a-t-elle ajouté, faisant référence au Cap Ferret, haut lieu du tourisme entre le bassin d’Arcachon et l’océan Atlantique, où les autorités ont ordonné vendredi l’évacuation totale de la presqu’île.
« Au total, on a donc évacué depuis deux jours 35.000 personnes (…) Et nous avons pour cela beaucoup de moyens, il y a 1.000 pompiers, il y a 440 gendarmes (…) Il y a des moyens aériens et des engins, plus de 260 engins », a-t-elle dit.
A Arès, en Gironde, la préfecture a décidé, en coordination avec la gendarmerie et les pompiers, une évacuation obligatoire, qui a été prise à titre préventif, indique la page Facebook de la ville.
Une interdiction temporaire de navigation dans le bassin d’Arcachon a été décidée par la préfecture maritime de l’Atlantique.
SOUS LE CHOC
Dans les Landes, plus de 23.000 personnes ont été évacuées au total, dont 18.000 sur la commune de Biscarrosse-Bourg et 5.000 sur Parentis-en-Born, en raison de l’incendie en cours à Biscarrosse, indique le préfet Gilles Clavreul.
Yoan Urien, âgé de 26 ans, habitant du quartier Lapuyade de Biscarrosse, raconte vendredi avoir dû quitter son logement jeudi vers 21h avec sa compagne, elle aussi âgée de 26 ans, et leurs deux chats, pour aller se réfugier chez ses parents à Sanguinet, à 12km au nord de Biscarrosse. Selon le récit qu’il a fait à Reuters, des gendarmes sont venus prévenir les habitants de son quartier qu’il fallait évacuer alors que la fumée et des flammes étaient visibles depuis leur logement
« J’ai pu trouver un endroit effectivement pour me réfugier avec mes animaux de compagnie, mais c’est vrai que c’est choquant », a-t-il dit ému.
« Avec notre logement, on avait quand même vue sur les feux (…) Et puis progressivement les choses ont évolué. Une fois qu’ils ont évolué, je les ai vus malheureusement se rapprocher », poursuit-il, soulignant son inquiétude.
Le point de situation vendredi de la préfecture indique que le feu a déjà parcouru plus de 2.500 hectares dans les Landes et qu’il n’est toujours pas sous contrôle, le vent soufflant par ailleurs, tandis que le contexte reste très évolutif et défavorable.
Selon Gilles Clavreul, préfet des Landes, plus de 600 sapeurs-pompiers sont actuellement engagés sur le terrain, avec notamment plus de 70 gendarmes présents sur site, tandis que des renforts continuent d’arriver.
Au total, 40.000 personnes ont été évacuées ou sont en cours d’évacuation par voie terrestre et maritime en Gironde et 23.000 dans les Landes, selon Laurent Núñez.
AIDE DE L’UE
Emmanuel Macron a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi que la France avait demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union européenne pour faire face aux incendies qui font rage dans le pays.
« Nous allons pouvoir compter rapidement sur le renfort de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais ainsi que de deux hélicoptères lourds Black Hawk tchèque et slovaque », a écrit le chef de l’Etat sur X.
En Europe, trois vagues de chaleur successives cette saison ont intensifié la sécheresse, mis à rude épreuve les ressources en eau et rendu la végétation extrêmement sèche, attisant ainsi des feux de forêt. Ces incendies ont déjà détruit une superficie supérieure à la moyenne annuelle des deux dernières décennies. La vague de chaleur est également responsable de milliers de décès.
Plus de 50.000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, a annoncé Laurent Nuñez, soit quasiment trois fois plus que l’an dernier à la même époque.
Par ailleurs, le ministre français de l’Intérieur a indiqué que l’incendie de Pontevès dans le Var continuait de mobiliser 800 sapeurs-pompiers.
La France a été particulièrement touchée par la canicule dans un contexte délicat pour l’exécutif qui doit à la fois investir dans la lutte contre les vagues de chaleur extrêmes tout en réduisant le déficit et en préservant les objectifs de dépenses, notamment dans le domaine de la défense.
ETAT D’URGENCE EN ESPAGNE
L’Espagne a déclaré vendredi l’état d’urgence national – une première dans son histoire pour des incendies de forêt – et a également sollicité l’aide de l’UE, selon le ministère espagnol de l’Intérieur.
Plus de 10.000 personnes ont été évacuées de villes situées dans les montagnes à l’ouest de la capitale, Madrid, alors que les pompiers tentaient d’empêcher que trois incendies dans la région et la province voisine d’Ávila ne se rejoignent, a déclaré le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska.
De nombreux habitants de la capitale espagnole possèdent des résidences secondaires dans ce secteur densément peuplé, ce qui a poussé le gouvernement a déclarer l’état d’urgence national, lui permettant ainsi de mieux coordonner sa réponse, a expliqué Fernando Grande-Marlaska, ajoutant que la nature agressive des incendies et les conditions météorologiques chaudes et venteuses ont également motivé cette prise de décision.
À Navaluenga, dans la province d’Avila, des habitants, masqués en raison de la fumée, observaient le bal des hélicoptères luttant contre les incendies.
« Je vis ici depuis 36 ans et je n’ai jamais rien vu de pareil. Je ne m’y attendais pas du tout. Je pensais qu’ils allaient maîtriser la situation hier soir, mais il était déjà tard et c’était complètement hors de contrôle », raconte à Reuters Javier Martin, un habitant du quartier.
Plus de 270 secouristes et 40 unités terrestres ont été déployés dans les zones touchées, aux côtés de plusieurs contingents de l’Unité militaire d’urgence (UME), ont indiqué les autorités espagnoles.
(Rédigé par Claude Chendjou; avec la contribution de Manuel Ausloos, Liu Zhifan, Forrest Crellinde Camille Raynaud, Coralie Lamarque, Sudip Kar-Gupta et Inti Landauro, Guillermo Martinez, Violeta Santos Moura et Emma Pinedo; édité par Zhifan Liu)





