Contre toute attente, la majorité des personnes exposées à la faim au Cameroun ne vit pas dans les régions en proie aux conflits. Selon un rapport de l’Institut national de la statistique (INS) publié le 7 août 2026, sur les 5,4 millions de citoyens en situation de vulnérabilité alimentaire aiguë au premier trimestre, 2,6 millions habitent des zones relativement épargnées par les violences. Un chiffre qui déconstruit les préjugés et pointe une crise structurelle bien plus large que le seul périmètre humanitaire.
L’INS dénombre 1,8 million de personnes à risque dans les foyers de conflit traditionnels que sont l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Mais ce sont bien les zones hors conflit qui concentrent le plus grand nombre de victimes potentielles, avec 2,6 millions d’individus concernés. Ces populations représentent respectivement 17 % et 13 % de la population de chaque catégorie de zones. Cette répartition prouve que les déplacements de population et l’insécurité ne suffisent plus à expliquer la faim : même là où les marchés fonctionnent et où les récoltes sont théoriquement stables, la fragilité persiste.
Dans ces territoires épargnés par les armes, environ un ménage sur cinq affiche une consommation alimentaire jugée inadéquate. L’Institut attribue cette « relative résistance » à un meilleur accès aux marchés et à une diversification des sources d’approvisionnement. Pourtant, sur les trois mois observés, huit régions sur dix n’ont enregistré aucune amélioration notable. Seuls le Nord et le Nord-Ouest ont vu une légère progression des ménages en difficulté, signalant des « détériorations disparates » qui pourraient s’aggraver, notamment dans le Nord, qualifié de « zone en surchauffe » par l’INS. *Selon l’Institut, cette « surchauffe » désigne la combinaison d’une hausse brutale des prix alimentaires, de chocs climatiques et de fortes pressions démographiques.*
À l’échelle du pays, la proportion de la population exposée a varié de 22 % en janvier à 16 % en février, pour une moyenne trimestrielle de 18 %, soit environ 5,4 millions de personnes. Ce recul ponctuel ne doit pas tromper : il masque une vulnérabilité structurelle. L’INS prévient que la stabilité observée ne rime pas avec amélioration, et que les ménages restent très sensibles aux aléas climatiques ou économiques.
Au-delà de l’urgence, le rapport déplace le débat sur le terrain des revenus et des circuits de distribution. Dans les zones stables, la persistance du risque alimentaire interroge directement la capacité des ménages à absorber les hausses de prix et l’efficacité des filières agricoles. L’INS souligne par ailleurs que les partenaires techniques et financiers se concentrent presque exclusivement sur l’Extrême-Nord, laissant les autres régions vulnérables sans filet de sécurité suffisant.
Si la relative accalmie du premier trimestre 2026 offre un répit, elle ne doit pas endormir les consciences. L’INS met en garde contre un risque d’installation durable de la fragilité alimentaire, y compris dans les zones les plus calmes du pays. À quelques mois des prochaines récoltes, le moindre choc sur les prix ou les récoltes pourrait faire basculer des millions de Camerounais supplémentaires dans la famine silencieuse. Le constat est clair : l’insécurité alimentaire n’est plus une question de géographie, mais de résilience économique et de justice sociale.





