Nouvelles élections régionales en Allemagne

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Schwerin à l’approche des élections régionales de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale
Des affiches de campagne de Leif-Erik Holm, candidat du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), et de Manuela Schwesig, candidate du Parti social-démocrate (SPD) et Première ministre du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, sont accrochées à un lampadaire, à Schwerin, en Allemagne, le 15 septembre 2026, avant les élections du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. REUTERS/Annegret Hilse

Le chancelier allemand Friedrich Merz va devoir compter sur la très populaire ministre-présidente de centre-gauche de Mecklembourg-Poméranie occidentale pour tenir l’extrême droite à distance lors des élections régionales du Land organisées dimanche, qui pourraient bien décider de sa survie politique.

Fort de sa large victoire obtenue le 6 septembre en Saxe-Anhalt, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) semble également en passe de l’emporter lors du scrutin de Mecklembourg-Poméranie occidentale, organisé le même jour que les élections dans la capitale, Berlin.

Le succès de l’AfD en Saxe-Anhalt, le premier lors d’un scrutin régional, a provoqué une onde de choc dans le système politique allemand, habituellement axé sur le consensus, accréditant l’hypothèse d’une victoire de l’extrême droite dans la première économie européenne lors des prochaines élections fédérales, prévues en 2029.

Les sondages nationaux placent actuellement l’AfD entre 27 et 29%, contre 18 à 20% pour l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de Friedrich Merz.

En Mecklembourg-Poméranie occidentale, les espoirs des autres formations d’empêcher l’AfD d’accéder au pouvoir reposent en grande partie sur la popularité de la ministre-présidente du Land, Manuela Schwesig, 52 ans, membre du Parti social-démocrate (SPD), qui dirige une coalition avec La Gauche (Die Linke) et dont le taux de popularité dépasse 60%.

Le dernier sondage réalisé pour l’institut INSA annonce l’AfD à 37%, devant le SPD à 35%, La Gauche (extrême gauche) à 10%, les Verts (écologistes) à 5% et le BSW (extrême gauche) à 3%, sous le seuil d’éligibilité. La CDU (conservateurs) de Friedrich Merz n’atteindrait que 7%.

« UN SENTIMENT ANTI-PARTIS »

Si ces résultats se confirment dimanche, le SPD pourrait être en mesure de former une coalition avec La Gauche et les Verts, bien que ces derniers se situent exactement au niveau des 5% nécessaires pour entrer au Parlement.

« C’est avant tout la marque Schwesig », estime Wolfgang Muno, professeur de sciences politiques à l’université de Rostock, ajoutant que la ministre-présidente de Mecklembourg-Poméranie occidentale est « de loin la personnalité politique la plus connue du Land » et qu’elle a réussi à se démarquer du gouvernement de Friedrich Merz à Berlin, où le SPD est pourtant un partenaire minoritaire au sein de la coalition constituée autour de la CDU.

« Cela passe très bien ici, car on observe depuis quelques années un sentiment anti-partis de plus en plus fort dans cette région », a-t-il ajouté.

En un peu plus d’un an au pouvoir, Friedrich Merz a vu sa cote de popularité chuter à 14% au niveau national et sous la barre des 10% dans les Länder de l’Est sur fond de promesses de réformes sans lendemains, d’aggravation de l’incertitude économique et de chute de la confiance des électeurs à l’égard du gouvernement.

La CDU est déjà en passe d’enregistrer le plus mauvais résultat électoral de son histoire et court le risque sérieux de ne même pas franchir le seuil des 5% nécessaire pour entrer au Parlement.

Dans ce contexte, les médias allemands spéculent depuis des semaines sur l’avenir du chancelier, alimentés par des fuites émanant de son propre camp, avec l’idée désormais largement répandue qu’une nouvelle victoire de l’extrême droite pourrait lui coûter son poste, au plus tard au bout de quelques mois.

« IL IGNORE TOUT SIMPLEMENT CE PROBLÈME »

Les hauts dirigeants de la CDU ont jusqu’à présent soutenu Friedrich Merz, conscients que son remplacement mettrait en péril l’ensemble des projets de réformes sans pour autant résoudre les problèmes économiques sous-jacents auxquels le gouvernement peine à faire face.

Mais dans un sondage réalisé ce week-end par l’institut INSA, 78% des personnes interrogées, dont une majorité de partisans de son propre parti, ont déclaré qu’elles ne le considéraient plus comme la personne adéquate pour occuper la fonction de chancelier.

Manuela Schwesig, vue comme une future dirigeante potentielle du SPD, s’est montrée très virulente à l’égard de Friedrich Merz, appelant à davantage de mesures gouvernementales pour freiner la flambée des prix du carburant et lui reprochant son incapacité à se mettre à la place des électeurs confrontés à la hausse du coût de la vie.

« Le chancelier ne donne pas vraiment l’impression de voir et de comprendre les difficultés des gens », a-t-elle déclaré lors d’un entretien avec des journalistes dans la ville portuaire de Rostock, sur la mer Baltique. « Il ignore tout simplement ce problème. »

À l’instar d’autres régions de l’Est, le Mecklembourg-Poméranie occidentale, un Land qui compte l’un des taux d’immigrés les plus faibles d’Allemagne, souffre d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée tandis que son système de santé et de soins aux personnes âgées dépend fortement des médecins, infirmiers et aides-soignants étrangers.

Les promesses de l’AfD de restreindre l’immigration et de s’approvisionner à nouveau en énergie russe bon marché en rétablissant les liens avec Moscou trouvent cependant un écho auprès des électeurs des anciens Länder communistes d’Allemagne de l’Est, où beaucoup se sentent encore éloignés des élites politiques dominées par l’Ouest au sein des partis traditionnels.

LE SCORE DE L’AFD SOUS-ESTIMÉ ?

« La dynamique est à nouveau très forte », a déclaré la semaine dernière à la presse Leif-Erik Holm, tête de liste de l’AfD en Mecklembourg-Poméranie occidentale. « Le chancelier est déjà complètement dépassé par les événements, et on a l’impression qu’il pourrait démissionner d’un moment à l’autre. »

La reprise de la construction navale dans le Land, stimulée par un programme de plusieurs milliards d’euros visant à rebâtir les forces armées du pays, ainsi qu’un secteur touristique en plein essor, ont contribué à relancer une économie mise à mal après la réunification.

Mais à l’instar du reste du pays, le Mecklembourg-Poméranie occidentale porte les stigmates d’années de croissance économique atone, aggravées par une flambée des prix de l’essence qui touche très durement cet État essentiellement rural, où beaucoup dépendent de leur voiture pour se déplacer.

Leif-Erik Holm a adopté pendant la campagne un ton plus modéré que d’autres membres de son parti, notamment la co-présidente Alice Weidel, en insistant sur le fait qu’il accueillait favorablement les étrangers ayant un emploi et en évitant nombre des sujets culturels polémiques qui avaient marqué la campagne en Saxe-Anhalt.

Bien que son parti soit en tête dans les sondages, la politique de « cordon sanitaire » appliquée par les formations traditionnelles signifie toutefois qu’il lui sera vraisemblablement difficile de trouver un partenaire de coalition.

Leif-Erik Holm a néanmoins souligné que les sondages avaient sous-estimé le score de l’AfD en Saxe-Anhalt, où le succès du parti lors d’un scrutin qui a enregistré un taux de participation de près de 80% a bénéficié de sa capacité à mobiliser des électeurs indécis qui se seraient peut-être abstenus. « C’est ce que je m’attends à voir se produire ici aussi », a-t-il déclaré.

CTV Info avec Reuters

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