Brésil : La bataille présidentielle se joue aussi en musique

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Les campagnes présidentielles s’intensifient au Brésil

À l’approche de l’élection présidentielle brésilienne, la campagne s’intensifie et les candidats affûtent leurs arguments. Mais pour séduire les électeurs, les favoris misent aussi sur un puissant outil de mobilisation : la musique.

 Au Brésil, pays réputé pour sa richesse musicale, les rythmes entraînants accompagnent depuis longtemps les campagnes électorales. Cette année encore, les candidats investissent cet univers avec des choix musicaux qui reflètent leurs identités politiques.

Le président Luiz Inácio Lula da Silva, 80 ans, s’appuie sur un classique du funk carioca pour raconter son parcours, de ses origines modestes à son ascension politique.

Face à lui, le sénateur conservateur Flavio Bolsonaro, 45 ans, mise sur un hymne aux accents sertanejo, imprégné de foi et de références à la culture rurale. Derrière ces choix musicaux se dessinent deux visions de l’électorat brésilien.

 Lula sur les rythmes du funk

 Le morceau « Silva’s Rap » reprend un titre emblématique de 1995 issu de la scène baile funk, née dans les quartiers populaires de Rio de Janeiro.

La chanson retrace l’ascension de Lula : ses origines modestes, son engagement syndical, ses mandats présidentiels et son statut de figure majeure de la gauche mondiale.

Le refrain reprend notamment une phrase du morceau original : « Il n’était qu’un Silva de plus », en référence au nom de famille le plus répandu au Brésil. Une manière de présenter Lula comme l’un des leurs, proche des classes populaires.

« Il a l’âme du peuple et il nous ressemble », affirme encore la chanson, tandis que le clip retrace plusieurs moments de la carrière politique du président.

Pour MC Bob Rum, auteur du morceau original en 1995, cette utilisation du funk dans une campagne présidentielle illustre la reconnaissance progressive d’un genre longtemps marginalisé en raison de ses origines populaires et de ses textes parfois provocateurs.

« Cela n’aurait pas pu se produire il y a encore 10 ans. Notre génération a subi de nombreuses persécutions », explique-t-il.

Selon Marcelo Vitorino, consultant en marketing électoral et professeur, le choix du rap et du funk par Lula vise avant tout à consolider son socle électoral.

« C’est l’espace des marginalisés, la périphérie, le funk et le rap. C’est déjà le territoire de Lula », estime-t-il. Pour lui, le morceau cherche davantage à mobiliser les sympathisants du président qu’à conquérir de nouveaux électeurs.

Bolsonaro Misse sur la foi et le monde rural

Son principal adversaire, Flavio Bolsonaro, adopte une stratégie différente. Le sénateur conservateur a lancé « Come With Faith », un morceau généré par intelligence artificielle qui ne revient pas sur son parcours personnel, mais insiste sur la promesse d’un avenir meilleur.

Le titre s’inscrit dans la tradition de la musique sertanejo, très populaire dans les régions rurales du Brésil. Un choix qui permet au fils aîné de l’ancien président Jair Bolsonaro de se présenter comme un défenseur des valeurs conservatrices et du Brésil rural.

Le mot « foi » revient à sept reprises dans les paroles, tandis que les appels à « l’espoir » et à la « croyance » occupent une place centrale.

Une stratégie qui vise notamment l’électorat chrétien évangélique, devenu un poids politique majeur au Brésil et qui avait largement soutenu Jair Bolsonaro.

« Ces mots captivent les gens », analyse Gilberto Musto, consultant en marketing politique et auteur spécialisé dans la communication électorale.

Le clip renforce cette identité. Flavio Bolsonaro y apparaît notamment coiffé d’un chapeau de cow-boy et utilisant un cor traditionnellement employé par les éleveurs de bétail.

Des images destinées à renforcer sa proximité avec le monde agricole, notamment dans les régions où l’agro-industrie conserve une forte influence et manifeste son opposition au gouvernement actuel.

 La musique, un outil électoral ancré dans l’histoire

Pour Gilberto Musto, les deux morceaux correspondent aux stratégies politiques actuelles des candidats. Ils s’inscrivent surtout dans une longue tradition brésilienne où la musique accompagne les campagnes électorales.

Selon Kjetil Klette Bohler, chercheur à l’Université du Sud-Est de la Norvège et spécialiste des rapports entre musique et politique au Brésil, cette tradition remonte notamment aux pratiques des vendeurs ambulants qui utilisaient la musique pour attirer les clients.

Dans un pays où les taux d’alphabétisation ont longtemps été faibles, les mélodies et les refrains permettaient également de toucher un public plus large et de rendre les messages politiques facilement mémorisables.

La première campagne présidentielle de Lula, en 1989, avait ainsi popularisé le célèbre refrain « Lula lá », repris lors de plusieurs de ses campagnes suivantes.

Aujourd’hui, le choix des genres musicaux est lui-même devenu un marqueur politique. Le sertanejo est davantage associé au camp conservateur et à l’électorat de Bolsonaro, tandis que la samba, le funk et d’autres traditions musicales afro-brésiliennes sont plus fréquemment revendiqués par la gauche.

« Lula aurait pu choisir un opéra de Mozart », résume Bob Rum. « Au lieu de cela, il a choisi un morceau funk », souligne-t-il, pour illustrer la volonté du président de rester associé au quotidien des Brésiliens issus des milieux populaires.

Au-delà des programmes et des discours, la bataille présidentielle se joue donc aussi sur le terrain des émotions, de l’identité et de la culture. Au Brésil, les candidats savent qu’un refrain bien choisi peut parfois rester plus longtemps dans les mémoires qu’un long discours politique.

CTV avec Reuters

 

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