Alors que les opérations de secours sont suspendues en raison des conditions météorologiques, Katmandou lance un appel à la communauté internationale pour un vaste plan de relèvement, équivalent à près de 10 % de son économie.
Le Népal, pays himalayen parmi les plus vulnérables au monde, fait face à un défi colossal. Trois jours après les crues soudaines et les coulées de boue dévastatrices qui ont ravagé sa frontière nord avec le Tibet chinois, le gouvernement a chiffré samedi à 4 à 5 milliards de dollars (environ 3,4 à 4,3 milliards d’euros) le montant nécessaire pour financer la reconstruction.
Cette estimation, encore provisoire, a été annoncée par le ministre népalais des Finances, Swarnim Wagle, dans un entretien exclusif accordé à Reuters. « Il s’agit seulement d’une estimation. Les pertes et les dégâts sont en cours d’évaluation », a-t-il précisé, soulignant le caractère évolutif de ce premier bilan financier.
Une facture équivalente à un dixième de l’économie
Pour un pays dont le produit intérieur brut avoisine les 45 milliards de dollars, cette facture de reconstruction représenterait près de 10 % de la richesse nationale.
Un choc économique d’autant plus rude que le Népal, qui compte 30 millions d’habitants, repose en grande partie sur les envois de fonds de sa diaspora, le tourisme et l’exportation d’hydroélectricité.
À titre de comparaison, le coût de la reconstruction après le séisme de magnitude 7,8 qui avait secoué le pays en 2015, le pire désastre jamais enregistré, avait atteint 9 milliards de dollars.
Sans expliquer clairement cet écart, M. Wagle a toutefois noté que les besoins actuels seraient « bien inférieurs » à ceux de cette tragédie qui avait fait près de 9 000 morts et détruit plus d’un demi-million de maisons.
Un lourd tribut humain et des infrastructures anéanties
La catastrophe, survenue mercredi 26 août, a été provoquée par l’effondrement d’un glacier dans la région himalayenne. Ce phénomène, probablement accéléré par les effets du réchauffement climatique, a libéré un torrent de roches, de glace et de boue qui s’est déversé dans les vallées, emportant tout sur son passage.
Le bilan humain est déjà dramatique et ne cesse de s’alourdir : au moins 626 personnes ont perdu la vie au Népal, tandis que sept décès sont à déplorer du côté tibétain.
Mais, le chiffre le plus glaçant reste celui des disparus : près de 3 000 personnes sont toujours portées manquantes, dont plus de 540 ressortissants étrangers, principalement des pèlerins hindous en route vers des sites sacrés.
Sur le terrain, les dégâts matériels sont considérables. Des ponts, des routes et des centrales hydroélectriques, qui assurent plus de 12 % de la capacité de production nationale, ont été balayés. Des localités entières, le long de la rivière Trishuli, ont été rasées.
Secours entravés et risques persistants
Les opérations de recherche et de sauvetage, déjà rendues complexes par la topographie montagneuse, ont été suspendues samedi en raison des mauvaises conditions météorologiques (pluies et brouillard).
Par ailleurs, les autorités népalaises surveillent avec une attention particulière deux lacs formés en amont de la zone sinistrée, craignant une nouvelle vague d’inondations si leurs berges venaient à céder.
Face à l’ampleur de la crise, Katmandou a demandé à la communauté internationale une assistance technique ciblée, notamment pour les opérations de tunnel, les tests ADN et la restauration des voies de communication, plutôt qu’une aide généraliste pour les recherches de surface.
La Banque mondiale s’est déjà engagée à débloquer environ 160 millions de dollars pour les besoins humanitaires immédiats.
Alors que le Népal panse ses plaies et tente d’évaluer l’étendue exacte des destructions, ce drame rappelle brutalement la fragilité des écosystèmes himalayens et la vulnérabilité des populations face aux caprices d’une nature de plus en plus déréglée.
CTV & Reuters





