Ebola en RDC : 940 millions de dollars mobilisés, mais la coordination reste le talon d’Achille

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L’épidémie d’Ebola « fulgurante » au Congo dépasse la réponse mondiale

La lutte contre l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo se heurte à un paradoxe financier : alors que le coût du plan national de riposte est multiplié par quatre, passant de 240 à 940 millions de dollars, les annonces massives des bailleurs internationaux (dont 512 millions d’engagements américains) empruntent des circuits parallèles qui échappent à une caisse commune. Face à cette fragmentation, Kinshasa réclame haut et fort une coordination unique et la maîtrise directe d’une partie des fonds, estimant que la dispersion des canaux de financement fragilise l’efficacité de la réponse sur le terrain, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se donne six mois pour inverser la courbe épidémique.

L’escalade budgétaire du plan de riposte, officialisée par Anne Ancia, représentante de l’OMS en RDC, ne reflète pas seulement l’aggravation de la crise sanitaire : elle intègre désormais le maintien des services de santé essentiels, une composante longtemps négligée dans les urgences précédentes. Ce nouveau chiffre de 940 millions de dollars, prévu pour couvrir six mois d’activités, marque un changement d’échelle qui impose une transparence totale dans l’emploi des ressources. Or, c’est précisément là que le bât blesse. Les États-Unis, via leurs propres mécanismes opérationnels, ont débloqué 242 millions supplémentaires, portant leur contribution totale à 512 millions, mais ces fonds ne transitent pas par les circuits de l’OMS. Cette situation prive l’institution onusienne d’une vision consolidée de la répartition des moyens, rendant impossible toute évaluation précise de la couverture réelle des besoins.

Dans ce contexte, le gouvernement congolais, sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, durcit sa position. Le ministre de la Santé défend avec fermeté le principe d’« un seul plan, un seul budget, une seule coordination » et a ordonné l’élaboration d’une cartographie exhaustive des donateurs et de leurs activités. Kinshasa déplore de ne recevoir qu’une infime partie des financements extérieurs directement dans ses caisses et souhaite désormais rémunérer lui-même les médecins et infirmiers, afin de garantir une chaîne de paiement fluide et de renforcer l’appropriation nationale de la riposte. Cette exigence de souveraineté financière intervient alors que l’épidémie affiche des dynamiques régionales contrastées : si le foyer historique de Mongbwalu, actif depuis cinq mois, montre enfin une baisse significative du taux d’occupation des lits (autour de 20 à 30 %), la ville de Bunia et ses environs connaissent encore des vagues successives qui inquiètent les équipes sur place.

L’OMS, de son côté, a présenté un scénario modéré tablant sur une interruption de la transmission dans les six mois, mais ses responsables n’excluent pas une prolongation de neuf à douze mois en cas de scénario défavorable. Abdurahman Mahamud, directeur des opérations d’alerte à l’OMS, insiste sur la corrélation entre la durée de l’épidémie et la capacité à fédérer les communautés locales, un paramètre qui avait déjà transformé la précédente crise en un calvaire de plus de deux ans en raison de l’insécurité chronique.

Au-delà des seules annonces chiffrées, le véritable test pour la RDC et ses partenaires internationaux réside donc dans leur capacité à concilier deux impératifs apparemment contradictoires : la mobilisation rapide de centaines de millions de dollars, et leur canalisation à travers un cadre opérationnel unifié, piloté par le gouvernement congolais. Si Kinshasa parvient à imposer sa feuille de route et à obtenir des bailleurs une transparence totale sur l’affectation de leurs fonds, le pari de contenir l’épidémie dans un délai de six mois reste crédible. En revanche, si la fragmentation des circuits persiste, la RDC risque de payer le prix fort d’une générosité internationale généreuse mais désordonnée, tandis que la confiance des communautés, déjà mise à rude épreuve par les violences récurrentes dans l’Est, s’érodera davantage, compromettant l’issue de cette bataille sanitaire cruciale.

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