Le candidat de la droite brésilienne Flavio Bolsonaro emboîte le pas à son père, l’ex-président condamné pour tentative de coup d’Etat après la présidentielle perdue de 2022, en refusant de reconnaître sa défaite face au président sortant Luiz Inácio Lula da Silva, qui a remporté dimanche un quatrième mandat historique.
Le sénateur de 45 ans conteste une décision prise dimanche soir par un juge de la Cour suprême nommé par Lula, qui a prolongé le second tour de l’élection présidentielle de deux heures en raison d’irrégularités présumées concernant le transport des électeurs. Le fils de Jair Bolsonaro a déclaré qu’il demanderait l’annulation du résultat.
« Il est impossible de reconnaître les résultats de l’élection, compte tenu des circonstances dans lesquelles les événements se sont déroulés », a-t-il déclaré à des journalistes.
Alors que le candidat a décidé de contester le résultat, de nombreux dirigeants ont salué la victoire de Luiz Inácio Lula da Silva, les félicitations affluant de l’Union européenne, du Mexique, de la France, du Canada, de l’Inde et de la Russie.
Les présidents de droite récemment élus en Colombie, au Pérou et au Chili ont également rejoint les rangs des dirigeants reconnaissant les résultats de dimanche, mais l’administration américaine du président Donald Trump, proche de la famille Bolsonaro, est restée silencieuse.
Les investisseurs, stupéfaits par la victoire de Luiz Inácio Lula da Silva, qui a déjoué les sondages, ont fait plonger la Bourse brésilienne, le taux de change et la dette publique, alors que les marchés réévaluaient les perspectives budgétaires du pays.
Toutefois, l’ampleur de la défaite, Bolsonaro fils accusant un retard de plus de 4 millions de voix sur Lula, rend peu probable le succès de sa tentative pour faire annuler le scrutin, selon des analystes. Sa requête est également compromise par le fait que son équipe avait elle-même demandé une prolongation des opérations de vote en raison de fortes pluies dans le sud du pays, traditionnellement conservateur.
Moins de 35.000 suffrages, soit environ 0,03% du total, ont été exprimés au cours des deux heures supplémentaires de vote ordonnées par la Cour suprême, selon une analyse des registres électoraux réalisée par Pedro Burgos, professeur à l’Insper.
Le refus du fils l’ancien président de reconnaître sa défaite pourrait néanmoins déclencher une vague de manifestations dans un pays où la confiance dans le système électoral et dans l’indépendance judiciaire a été mise à rude épreuve ces dernières années, estiment les observateurs.
Jair Bolsonaro avait plongé le Brésil dans une profonde crise démocratique après les élections de 2022, lorsque ses partisans avaient pris d’assaut des bâtiments gouvernementaux pour protester contre le résultat. Il a par la suite été condamné à 27 ans de prison. Il est depuis lors détenu à domicile, pour des raisons liées à son état de santé.
LULA DÉFIE LES PRONOSTICS
La victoire de Lula a déjoué les sondages, coupant court à une vague conservatrice en Amérique latine. Un résultat surprise qui n’est pas non plus du goût de l’administration du président américain Donald Trump, qui a oeuvré pour le retour du clan Bolsonaro au pouvoir.
Les marchés financiers ont également exprimé leurs inquiétudes. Un fonds négocié en Bourse coté à Tokyo et indexé sur l’indice brésilien Bovespa a plongé de près de 15% lors des échanges asiatiques à l’annonce de la victoire de Lula, tandis que les analystes s’attendaient à ce que le real brésilien s’affaiblisse face au dollar américain.
Lula s’était retrouvé en seconde position face à Flavio Bolsonaro au premier tour, mais il a réussi à mobiliser sa base dans l’entre-deux-tours.
S’exprimant dimanche soir dans un hôtel de São Paulo, il a adopté un ton conciliant.
« Je ne parlerai pas d’unité nationale, car cela ne correspond pas toujours à la réalité de ce pays. Personne n’est obligé d’apprécier le président élu, mais celui-ci a été mis en place pour gouverner au nom de tous », a-t-il souligné.
Pendant la campagne, Lula, qui a 80 ans, a mis en avant son bilan en matière de lutte contre la pauvreté et les inégalités, tout en soulignant les taux historiquement bas du chômage, de l’analphabétisme et de la déforestation.
Son quatrième mandat s’annonce difficile.
Il devra en effet travailler au côté d’un Congrès tenu par les alliés de Bolsonaro, après une vague conservatrice aux élections législatives.
Le président français Emmanuel Macron a déclaré que la France et le Brésil avaient « beaucoup à construire ensemble », tandis que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a affirmé que « la démocratie et le multilatéralisme avaient triomphé au Brésil ».
Le Kremlin a salué la réélection de Luiz Inácio Lula da Silva et l’a félicité pour sa contribution aux relations bilatérales et au groupe des BRICS.
Le président ukrainien Volodimir Zelensky a félicité le dirigeant de gauche pour ses « résultats électoraux remarquables » et a déclaré qu’il se réjouissait à l’idée d’approfondir la coopération.
(Reportage de Oliver Griffin, Luciana Magalhaes et Lisandra Paraguassu à Sao Paulo, et Ricardo Brito à Brasilia; version française Matthieu Huchet et Etienne Breban, édité par Sophie Louet)





