Aux Etats-Unis, l’électorat noir séduit le Parti démocrate

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Les électeurs noirs défilent dans le cadre de l’initiative « Souls to the Polls »
Des habitants du comté de Pinellas participent à l’événement « Souls to the Polls » organisé par la Pinellas County Urban League, qui vise à encourager les membres de la communauté afro-américaine à voter lors des prochaines élections générales du 5 novembre, au Williams Park de Saint-Pétersbourg, en Floride (États-Unis). /Photo prise le 3 novembre 2024/REUTERS/Octavio Jones

Après un été marqué par les victoires de candidats soutenus par les Democratic Socialists of America (DSA), le mouvement est confronté à un nouveau défi : convaincre davantage d’électeurs noirs, électorat historiquement indispensable aux ambitions nationales du Parti démocrate.

La représentante de Floride Angie Nixon, qui pourrait devenir la première élue noire à représenter l’État au Sénat américain, apporte peut-être un début de réponse.

Malgré un désavantage financier de plus de 16 contre 1 face à Alex Vindman, officier à la retraite, elle a remporté la primaire démocrate en enregistrant de solides résultats au sein des communautés noires grâce à une campagne axée sur le pouvoir d’achat et les préoccupations du quotidien.

Les candidats soutenus par les DSA ont défié, et parfois battu, des rivaux démocrates plus modérés lors de plusieurs primaires très suivies.

Mais des militants, stratèges et responsables associatifs interrogés par Reuters estiment que certains socialistes démocrates doivent encore convaincre qu’ils accordent la priorité au logement, à la santé et au coût de la vie plutôt qu’à des sujets idéologiques comme Gaza ou le financement de la police.

Les responsables des DSA rétorquent que leur travail de terrain est avant tout centré sur les questions économiques – du coût du logement à la stagnation des salaires.

DÉFIANCE

Les entretiens menés avec plus d’une vingtaine de militants et responsables locaux suggèrent toutefois que les candidats soutenus par les DSA devront encore convaincre une partie des électeurs noirs d’ici le 3 novembre. Certains redoutent qu’une méfiance envers le mouvement ne pèse sur la participation de l’un des électorats les plus fidèles du Parti démocrate.

« Bien souvent, la population noire a l’impression que les démocrates ne viennent vers elle qu’à l’approche des élections », a déclaré Angie Nixon à Reuters.

« C’est pour cela qu’il est primordial de s’organiser. Et je pense que les DSA doivent en faire autant. »

Cette fracture est également apparue lors de la primaire démocrate pour le poste de gouverneur du Wisconsin, où les électeurs noirs ont soutenu David Crowley face à Francesca Hong, membre des DSA, malgré un retard à deux chiffres dans les sondages.

L’enjeu est particulièrement important dans le Michigan, où une défaite d’Abdul El-Sayed compromettrait les espoirs démocrates de reprendre un siège crucial au Sénat américain. Le candidat a battu de justesse Haley Stevens, représentante modérée qui bénéficiait d’un fort soutien parmi les électeurs noirs.

Pour Antjuan Seawright, stratège démocrate, l’erreur récurrente des démocrates comme des DSA consiste à ne s’intéresser au vote noir qu’au moment où ils en ont besoin.

« Je ne pense pas que les DSA aient réellement envie de savoir ce que pensent ou ressentent les électeurs noirs », dit-il.

« Je pense qu’ils sont davantage préoccupés par leur programme et par leur volonté de convaincre qu’il constitue la seule voie possible. »

Ashik Siddique, coprésident national des DSA, défend au contraire un programme axé sur des solutions économiques profitant aux populations les plus touchées par les inégalités.

Les républicains disposent d’une majorité de 53 sièges contre 47 au Sénat, ce qui oblige les démocrates à conquérir quatre sièges pour reprendre le contrôle de la chambre, à condition de conserver le Michigan et la Géorgie. L’ancien représentant Mike Rogers a obtenu sans opposition l’investiture républicaine et dispose d’une trésorerie de campagne de 4,5 millions de dollars.

Bien qu’Abdul El-Sayed se définisse comme capitaliste, les républicains le présentent régulièrement comme un socialiste, une insulte dans la bouche d’un membre du GOP.

Ses soutiens estiment que sa campagne a mobilisé les électeurs progressistes ainsi que de nombreux jeunes, mais responsables politiques et acteurs associatifs du Michigan considèrent que l’un de ses principaux défis reste de rallier davantage d’électeurs noirs.

« ARRÊTE AVEC GAZA »

Keith D. Williams, président du caucus noir du Parti démocrate du Michigan, conseille ainsi au candidat de mettre l’accent sur les préoccupations du quotidien plutôt que sur le conflit à Gaza.

« Arrête avec Gaza et tous ces autres trucs », préconise-t-il. « Reste concentré sur ce qui se passe ici, aujourd’hui, parce que c’est ce dont les électeurs noirs ont besoin. »

Selon le pasteur Greg Lewis, de l’organisation « Souls to the Polls », de nombreux électeurs noirs sont rebutés par des positions perçues comme trop radicales, notamment les appels à réduire le financement de la police.

À l’inverse, Frank D. Woods, président du Wayne County Democratic Black Caucus et soutien d’Abdul El-Sayed, souligne que ce dernier, musulman et fils d’un immigré égyptien, est lui aussi confronté aux questions de discrimination.

Les personnes interrogées relèvent également une fracture générationnelle. Selon Donna Givens Davidson, présidente-directrice générale de l’Eastside Community Network à Detroit, les DSA ont progressé auprès des jeunes électeurs noirs tandis que les générations plus âgées demeurent, dans l’ensemble, plus modérées.

Armando Grundy-Gomes, président du Democratic Black Caucus of Florida, souligne qu’Angie Nixon a séduit les électeurs en mettant l’accent sur la santé, la garde d’enfants, le congé parental rémunéré, le logement et l’immigration.

« Est-ce le message des DSA qui a trouvé un écho auprès des électeurs de Floride ? », s’interroge-t-il.

« Non. C’était Angie Nixon et le programme d’Angie Nixon. »

CTV Info avec Reuters

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