Dans l’ombre des hauteurs et des cendres de la guerre yéménite, un vol discret de la compagnie Mahan Air a tracé, le 13 juillet dernier, une diagonale géopolitique entre Téhéran et les rives de la mer Rouge. À son bord, une dizaine d’hommes, dont deux commandants de haut rang des Gardiens de la révolution islamique, et un chargement militaire aussi discret que lourd de conséquences : missiles, drones, et même de l’or, destiné à alimenter les arsenaux et les caisses de la milice houthie.
Selon quatre sources concordantes, dont deux responsables iraniens, un ministre yéménite et un analyste régional, cette opération aérienne marque une escalade silencieuse mais décisive dans le soutien de la République islamique à son allié yéménite.
L’avion, initialement prévu pour se poser à Sanaa, la capitale sous contrôle houthi, a dû être dérouté vers le port stratégique de Hodeïdah, après que l’aéroport de Sanaa eut été visé par les forces gouvernementales yéménites, appuyées par l’Arabie saoudite.
« Ces commandants sont là pour superviser les opérations des Houthis et les former aux nouveaux systèmes de missiles », confie l’une des sources iraniennes, sous couvert d’anonymat. Une présence qui ne doit rien au hasard : Téhéran aurait, selon ces informations, exhorté ses alliés à se tenir prêts à bloquer le détroit de Bab el-Mandeb, cette artère vitale par laquelle transite une part essentielle du pétrole mondial, au cas où les États-Unis passeraient à l’acte contre les infrastructures énergétiques iraniennes.
Les Houthis, de leur côté, n’ont pas attendu pour passer à l’action. Cette semaine, ils ont annoncé leur intention d’entraver les exportations pétrolières saoudiennes en mer Rouge, justifiant cette menace par les frappes saoudiennes au Yémen.
Jeudi, ils ont revendiqué l’attaque de deux pétroliers, faisant planer une nouvelle fois l’ombre d’un conflit maritime aux répercussions planétaires.
Cette montée des périls fragilise dangereusement la trêve instaurée en 2022 entre les Houthis et Ryad, qui soutient le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale et mène depuis 2015 une coalition militaire contre le mouvement chiite armé.
Dans ce théâtre de tensions, l’annonce récente par les Houthis de vols directs entre Sanaa et Téhéran apparaît comme une provocation calculée, un moyen de briser ce qu’ils dénoncent comme un blocus saoudien.
Interrogé par Reuters, le ministre yéménite de l’Information, Moammar al-Iryani, a corroboré ces transferts, les qualifiant de « mission de renforcement des capacités militaires de la milice en vue de menacer la sécurité maritime internationale en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb ». Des propos fondés, selon lui, sur des renseignements précis.
Aucune réaction officielle n’a été obtenue dans l’immédiat du ministère iranien des Affaires étrangères, qui a toujours démenti fournir des capacités balistiques aux Houthis. Ces derniers, joints à plusieurs reprises, sont restés silencieux, eux qui martèlent développer leurs propres armes, loin de toute tutelle iranienne.
Pourtant, les pièces du puzzle s’assemblent : ce vol du 13 juillet, ces conseillers militaires, ces équipements sophistiqués, et cet or discret, esquissent le portrait d’un conflit qui change de dimension.
La mer Rouge, couloir énergétique du monde, devient un champ de bataille indirect entre Téhéran et ses adversaires, tandis que le Yémen, exsangue, se mue en avant-poste d’une guerre d’influence aux allures de guerre froide régionale.
Une tension qui, si elle venait à s’embraser, pourrait embraser bien au-delà des côtes yéménites.
CTV avec Reuters





