Le secrétaire d’État américain Marco Rubio rencontre ce jeudi des responsables de plusieurs pays du Moyen-Orient lors de la dernière étape d’une tournée destinée à promouvoir l’accord préliminaire conclu par l’administration de Donald Trump avec l’Iran, face au scepticisme des alliés arabes du Golfe.
Marco Rubio sait que sa mission est délicate puisqu’il doit défendre cet accord devant des dirigeants préoccupés par les retombées des concessions faites à Téhéran sur l’équilibre sécuritaire régional ainsi que sur les flux pétroliers.
Les Etats-Unis veulent un accord avec l’Iran mais pas à n’importe quel prix, a-t-il déclaré devant des ministres des Affaires étrangères réunis à Bahreïn. Il a également réitéré que Washington refuserait que quiconque s’arroge la souveraineté du détroit d’Ormuz, point de passage d’une quantité considérable de la production pétrolière mondiale.
Arrivé mercredi soir à Manama, capitale de Bahreïn qui abrite le quartier général de la Ve flotte américaine, Marco Rubio doit également rencontrer le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe six monarchies : l’Arabie saoudite, le Qatar, Oman, les Émirats arabes unis, le Koweït et Bahreïn.
Cette tournée de trois jours dans le Golfe constitue la première mission diplomatique de haut niveau depuis l’accord-cadre entre Washington et Téhéran conclu la semaine dernière afin de mettre fin au conflit.
Lors de ses précédentes étapes aux Émirats arabes unis et au Koweït, Marco Rubio a cherché à convaincre ses interlocuteurs que le projet d’accord n’était pas si favorable à l’Iran qu’ils le redoutaient.
« Nous n’allons rien faire qui compromette la sécurité de nos alliés, nos alliés de longue date dans la région », a-t-il déclaré à des journalistes au Koweït.
Le président américain Donald Trump a affirmé mardi que l’Iran avait accepté des inspections nucléaires « ad vitam aeternam », ce que Téhéran dément, alimentant les doutes sur la viabilité de cet accord fragile.
Les deux pays, qui ont achevé lundi en Suisse un premier cycle de négociations, ont livré des versions divergentes notamment concernant les incitations financières promises à l’Iran, le contrôle du détroit d’Ormuz et la guerre parallèle menée par Israël au Liban.
Les six pays du CCG, alliés stratégiques des États-Unis, ont apporté un soutien logistique sous diverses formes à Washington durant le conflit et ont tous subi des frappes aériennes iraniennes en conséquence.
Ensemble, ils constituent le socle du dispositif sécuritaire américain au Moyen-Orient, et toute remise en cause de leur relation avec Washington pourrait peser sur la stratégie militaire américaine dans la région.
Le projet d’accord entre les États-Unis et l’Iran ne comporte pas de restrictions sur les missiles balistiques de Téhéran et prévoit un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars (264 milliards d’euros), assorti de dispositions susceptibles d’accroître l’influence régionale iranienne et son contrôle sur des voies d’acheminement pétrolières.
Marco Rubio a affirmé qu’il ne demanderait pas aux alliés régionaux de contribuer à ce fonds lors de sa tournée, alors même que le protocole d’accord avec l’Iran laisse entendre que les pays de la région pourraient être partiellement sollicités.
Plusieurs alliés du Golfe expriment en privé leur dépit face à cet accord intérimaire, qui pourrait ouvrir la voie à une normalisation des relations entre Washington et Téhéran, puissance chiite que la plupart des États majoritairement sunnites du CCG considèrent comme leur principal adversaire.
(Gram Slattery,version française Nicolas Delame)





