Près de 800 000 personnes ont manifesté, samedi, en France, annonce la CGT, dans son communiqué de fin de manifestation, tandis que le ministère de l’intérieur dit avoir recensé 410 000 manifestants dans le pays.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé la mobilisation de 70.000 membres des forces de sécurité intérieure – soit environ 10.000 de plus que la semaine dernière – dont des unités spécialisées comme le GIGN, la BRI et le RAID, en plus de la présence dans les gares et les aéroports de militaires du dispositif Sentinelle.
« Nous serons intraitables », a-t-il dit lors d’un point de presse à son ministère. « On ne laissera rien passer. »
Outre les quelque 2.400 individus interpellés le 17 octobre, « près de 500 personnes » ont été arrêtées après investigations, a-t-il précisé.
Après un conseil de défense et de sécurité dans la matinée, le président Emmanuel Macron a reçu dans l’après-midi des représentants des lycéens, mobilisés depuis plus d’un mois pour obtenir de meilleures conditions d’études et désormais rejoints par d’autres Français réclamant du pouvoir d’achat.
« Ce dialogue qui a lieu alors que se clôt la phase de consultation des lycéens ouvre la voie aux annonces qui seront faites par le Premier ministre lundi prochain. Des décisions concrètes seront prises, pour le court comme le moyen terme », a déclaré l’entourage du chef de l’Etat.
« Il a été question des conditions d’étude et de la nécessité de rénover le bâti scolaire, des rythmes scolaires et des emplois du temps qui requièrent des simplifications, de la meilleure prise en charge de la santé des jeunes, et des difficultés liées à l’orientation en fin de lycée », poursuit cette source, soulignant qu’Emmanuel Macron a exprimé le besoin d’une refonte en profondeur de Parcoursup, plateforme d’accès à l’enseignement supérieur.
Le chef de l’Etat devait visiter en fin de journée une caserne de police dans le XIXe arrondissement de Paris pour témoigner « sa reconnaissance aux forces de sécurité intérieure mobilisées depuis le week-end dernier » et dire « sa confiance à l’ensemble des effectifs appelé à intervenir dans les prochains jours », a fait savoir l’Elysée.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a confirmé dans la soirée que le gouvernement allait « bouger » sur Parcoursup, sans plus de précisions.
JOURNÉE DE GRÈVE ET DE MANIFESTATIONS LE 5 NOVEMBRE
Après les violences et le pillage de quelque 3.000 boutiques et magasins le 17 octobre, le chef de l’Etat a annoncé jeudi l’interdiction des manifestations et regroupements sans « légitimité » et des « tracés alternatifs » pour protéger les centre-villes.
A Paris, la préfecture de police a finalement interdit le parcours proposé pour le samedi par la CGT entre Bastille et Nation après l’avoir accepté dans un premier temps.
Elle propose à la place « un tracé de porte d’Italie à porte de Vincennes via le boulevard des Maréchaux, pour une manifestation de 13 heures à 19 heures ».
Le défilé proposé par les « Gilets jaunes » entre Opéra et Bastille avait été interdit d’emblée.
Les musées d’Orsay, de l’Orangerie, du Louvre, le musée Picasso seront fermés, ainsi que le Grand Palais où se devait se poursuivre ce week-end la foire annuelle d’art contemporain Art Basel Paris.
A Limoges (Haute-Vienne), Sébastien Lecornu a appelé à la transparence sur ce qui s’est passé dans l’incendie criminel de la mairie samedi dernier, notant que « les faits sont particulièrement graves, plus graves que ce que l’on pensait ».
Aux côtés du maire de la ville, Guillaume Guérin, le chef du gouvernement a souligné que « ceux qui mis le feu sont responsables ». « Ce sont des actes délibérés, planifiés », a-t-il dit, assurant que l’Etat allait reconstruire la mairie à l’identique et que le contribuable local ne payerait pas.
S’agissant des manifestations de samedi, Sébastien Lecornu a déclaré que le « retour d’expérience avait été fait » après les violences qui ont émaillé la mobilisation du 17 octobre et que le dispositif prévu se serait pas le même que celui de la semaine passée. Il a ajouté que le niveau de menace restait élevé pour samedi avec notamment l’ultra gauche.
Des préfectures ont interdit la tenue de manifestations à Lyon, Rouen, Le Havre, Nice, Chambéry, Le Mans ou encore Grenoble mais les choses pourraient encore évoluer en fonction des situations locales.
Le préfet des Bouches-du-Rhône a ainsi annoncé dans l’après-midi qu’il autorisait la tenue, à Marseille, d’une manifestation à l’appel de la CGT.
« Chaque préfet examine de très près les manifestations déclarées ou pas », a dit Laurent Nuñez, qui a évoqué de possibles défilés « en périphérie des centres-villes ».
Après une visite à Trappes dans les Yvelines, où une fusillade a fait un mort et quatre blessés, le ministre de l’Intérieur était attendu à Orléans pour y superviser les préparatifs de la manifestation de samedi.
Entre 20.000 et 30.000 opposants venus de « toute la France », selon une prévision de la préfecture du Loiret, sont attendus à Orléans, ville de Jeanne d’Arc, pour un défilé hostile au Rassemblement national, qui y tient son congrès tout le week-end.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, et le maire La France insoumise de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, participeront à ce rassemblement sous haute protection policière qui partira à 10h30 de la cathédrale d’Orléans.
Une journée nationale de grève et de manifestations, à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales, est prévue le 5 novembre.
C’est dans ce contexte tendu que le Rassemblement national, favori de l’élection présidentielle du printemps 2027, tient son congrès annuel à Orléans.
Seul candidat à sa réélection, le président du parti Jordan Bardella sera reconduit samedi, et la candidate Marine Le Pen prononcera le lendemain un discours de lancement de sa campagne.
Selon plusieurs sondages réalisés depuis le 17 octobre, la quadruple candidate à l’Elysée reste largement en tête des intentions de vote au premier tour, autour de 35%, loin devant le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon, en position de se qualifier pour le second tour à environ 18%.
Le leader insoumis a une courte avance sur d’autres candidats comme l’ancien Premier ministre Edouard Philippe et le gagnant de la primaire sociale-démocrate Raphaël Glucksmann.





