Le ministre italien des Affaires étrangères a vu ses données personnelles publiées sur le dark web, accompagnées de menaces et d’une prime pour obtenir des informations sur sa famille. Giorgia Meloni dénonce une « question extrêmement préoccupante » et Antonio Tajani porte le dossier de la guerre hybride devant le G7.
ROME – La solidarité gouvernementale s’est exprimée avec fermeté, dimanche 8 novembre, après la révélation, la veille, par Antonio Tajani lui-même, de la diffusion de ses données personnelles sur le dark web. Le vice-président du Conseil et ministre des Affaires étrangères italien a désigné des « cybercriminels » prorusses, liant explicitement cette attaque au soutien constant de Rome à l’Ukraine.
La Première ministre Giorgia Meloni, l’une des voix occidentales les plus déterminées en faveur de Kiev, a immédiatement apporté son soutien à son ministre, qualifiant la mise en vente d’informations confidentielles concernant des responsables publics de « question extrêmement préoccupante » qui « doit être combattue avec la plus grande détermination ».
Une « prime » et des intimidations ciblant la famille
Dans un message publié sur le réseau X, Antonio Tajani a précisé la nature de la menace : « Depuis plusieurs jours, des cybercriminels diffusent mes données personnelles sur le dark web et cherchent à obtenir d’autres informations, m’exposant ainsi à de nouvelles menaces et intimidations ». Il a ajouté que ces acteurs « impliquent également ma famille et sont prêts à payer pour obtenir davantage de détails sur moi et mes proches ».
Des captures d’écran consultées par Reuters montrent sa photo intégrée à une liste de 18 « citoyens hostiles à la Fédération de Russie », aux côtés d’experts en cybersécurité. Selon les médias italiens, le groupe à l’origine de la fuite aurait explicitement lancé une « taglia », une prime, pour toute information complémentaire sur le ministre et ses proches.
Le chef de la diplomatie italienne a relié directement cet acte à la position politique de l’Italie. « Notre position sur l’Ukraine est la raison politique pour laquelle je suis dans leur ligne de mire : défendre la liberté d’un État souverain, prendre clairement position en faveur de la démocratie et de l’indépendance d’une nation, voilà ce qui est dangereux aux yeux de ces entités criminelles ».
Il a également suggéré que ces attaques constituaient une réaction aux efforts du ministère des Affaires étrangères pour renforcer sa cybersécurité.
Le groupe « Noname057(16) » identifié
Bien que le ministre n’ait pas formellement désigné un commanditaire dans un premier temps, plusieurs médias italiens, citant des sources concordantes, ont rapidement identifié le collectif prorusses « Noname057(16) ». Ce groupe, déjà connu pour avoir revendiqué des attaques contre des sites institutionnels ukrainiens et européens, ainsi que contre des enseignes de la grande distribution en Europe, aurait publié les données et lancé l’appel à informations rémunérées sur le dark web.
Selon les informations disponibles, cette opération de « doxing » et d’intimidation ne visait pas seulement Antonio Tajani, mais s’inscrivait dans une campagne plus large touchant plusieurs personnalités, dont des magistrats et des responsables policiers.
Interrogé sur l’éventualité d’une convocation de l’ambassadeur de Russie, Antonio Tajani a appelé à la prudence, tout en soulignant la nature du conflit en cours.
« Tant qu’il n’y a pas de preuves formelles, il faut agir avec prudence, avec les services de renseignement et la police postale. Mais la nature de la guerre hybride est claire : nous sommes face à des réseaux opaques qui mènent des opérations illicites ».
Moscou, de son côté, n’a pas commenté l’incident et a toujours nié toute implication dans des cyberattaques à l’étranger.
Un contexte de guerre hybride et de menaces multiformes
L’affaire Tajani ne constitue pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une montée documentée des actions hostiles contre les intérêts européens et italiens.
La presse italienne rapporte que cette cyberattaque coïncide avec une série de menaces hybrides : alertes à la bombe ayant entraîné le déroutement de vols à travers l’Europe, menaces contre des diffuseurs, attaques récentes contre les systèmes de réfrigération de supermarchés et incursions de drones.
Selon les données de la police postale italienne, plus de 8 600 attaques informatiques ont été enregistrées sur le territoire national en 2025, soit une moyenne de 23 par jour, avec une origine majoritairement russe pour les attaques les plus significatives.
Antonio Tajani a d’ailleurs averti que la menace pourrait s’intensifier à l’approche des prochaines échéances électorales. « Il y aura une tentative systématique de conditionner l’opinion publique et de diviser les Européens par la désinformation », a-t-il déclaré, appelant à une « vigilance maximale ».
Une réponse institutionnelle et un appel au G7
Face à cette attaque, le gouvernement italien met en avant les mesures structurelles déjà prises. Antonio Tajani a rappelé que, depuis le 1er janvier, le ministère des Affaires étrangères s’est doté d’une direction générale dédiée à la cybersécurité et d’une salle opérationnelle active 24 heures sur 24, connectée à l’Agence nationale de cybersécurité.
« Aujourd’hui, la menace monte d’un niveau, touchant les affections personnelles. Mais nos défenses cybernétiques sont opérationnelles et la réponse est prête à toute tentative d’intrusion », a-t-il assuré.
Surtout, le ministre italien a décidé de porter le dossier au niveau international. Il a annoncé avoir écrit à son homologue français, Jean-Noël Barrot, pour demander que la « guerre hybride » et les récentes cyberattaques visant les infrastructures critiques en Europe figurent au cœur de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7, prévue à Paris les 9 et 10 novembre.
« Les Russes ne nous feront pas une guerre traditionnelle : la menace est à 360 degrés et doit être affrontée par une prise de conscience collective », a-t-il plaidé.
Cette attaque soulève une question de fond pour les démocraties européennes : la frontière entre la sécurité des responsables publics et la protection de leurs familles, devenue une cible directe des stratégies d’intimidation.
La réponse coordonnée que le G7 est appelé à définir à Paris sera scrutée comme un test de la capacité des alliés à traduire leur solidarité affichée en actes concrets face à une menace hybride qui ne connaît pas de frontières.
CTV Info avec Reuters





