Le président américain a qualifié cette transaction de « plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale ». Objectif affiché : faire chuter les prix à la pompe à quelques semaines des élections de mi-mandat.
C’est une annonce qui pourrait redessiner la carte énergétique de l’hémisphère. Le président Donald Trump a révélé vendredi que les États-Unis et le Venezuela sont parvenus à un accord pétrolier d’une ampleur inédite, donnant à Washington le contrôle majoritaire de plus de 65 milliards de barils de réserves prouvées de brut vénézuélien.
Dans un message publié sur son réseau Truth Social, M. Trump n’a pas ménagé sa rhétorique : « Les États-Unis viennent de conclure un accord avec le Venezuela : Le plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale ». Selon lui, cette « transaction historique » permettra de « plus que doubler » les réserves pétrolières américaines et de « réduire considérablement le prix de l’essence pour tous les Américains pendant de nombreuses années ». Et le président de marteler : cet accord n’aura « aucun coût pour le contribuable américain ».
Une manne de 100 milliards d’investissements privés
Si les détails opérationnels restent flous – M. Trump n’a pas précisé quels champs ni quelles entreprises seraient concernés –, les grandes lignes commencent à se dessiner. Selon des sources proches des négociations, l’accord prévoit le développement de 17 champs stratégiques, situés dans la ceinture de l’Orénoque et la région du lac Maracaibo, deux des zones les plus riches en hydrocarbures de la planète.
Le secrétaire d’État Marco Rubio a apporté des précisions chiffrées : ce partenariat avec le secteur privé devrait générer près de 100 milliards de dollars d’investissements au Venezuela, soutenir des milliers d’emplois bien rémunérés et contribuer à la reconstruction de l’économie du pays. Pour Caracas, les retombées fiscales sont estimées à plus de 209 milliards de dollars sur la durée de l’accord.
Delcy Rodriguez salue un « tournant » pour son pays
La présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodriguez, a immédiatement salué l’accord. Dans un communiqué, celle qui a succédé à Nicolás Maduro après sa capture par les forces américaines le 3 janvier dernier a estimé que ces investissements « contribueront non seulement à la reprise et à la modernisation de notre industrie, mais aussi à la croissance économique de notre pays, à la sécurité énergétique de notre hémisphère et à un meilleur équilibre des marchés internationaux ».
Delcy Rodriguez, qui a été formellement investie le 5 janvier, a confirmé que les responsables vénézuéliens s’apprêtent à signer les documents définitifs dès la semaine prochaine.
Un contexte géopolitique et électoral tendu
Cette annonce survient dans un climat politique brûlant aux États-Unis. À l’approche des élections de mi-mandat, prévues le 3 novembre, l’administration Trump est sous pression alors que les prix du carburant ont grimpé en flèche, dépassant les 3,58 dollars le gallon en mars dernier.
Une hausse que 77 % des Américains attribuent à la politique du président, selon un sondage récent.
Depuis l’opération militaire « Absolute Resolve » qui a conduit à l’arrestation de Nicolás Maduro et de son épouse, inculpés de trafic de drogue et de corruption à New York, Washington n’a cessé de chercher à sécuriser des flux stables de pétrole en provenance du Venezuela.
Les stocks stratégiques américains sont d’ailleurs à leur plus bas niveau depuis novembre 1982, conséquence des perturbations liées aux conflits au Moyen-Orient.
Un accord qui soulève des questions juridiques
Toutefois, ce rapprochement spectaculaire n’est pas sans susciter des interrogations. Des sources ont indiqué à Reuters que le modèle envisagé, une forme de location ou de concession des champs à des compagnies américaines, pourrait se heurter à des obstacles constitutionnels et juridiques au Venezuela, où l’État conserve le contrôle des activités pétrolières stratégiques.
Par ailleurs, la presse spécialisée s’interroge sur la capacité du Venezuela à relever le défi de la production : le pays détient les plus grandes réserves prouvées au monde, plus de 303 milliards de barils, mais sa production plafonne à environ 1,25 million de barils par jour, loin de son potentiel, après des années de sous-investissement, de mauvaise gestion et de sanctions.
Reste à savoir si ce « plus grand accord pétrolier de l’histoire » tiendra ses promesses de baisse des prix et de relance économique, ou s’il se heurtera à la réalité du terrain et aux écueils juridiques. Une chose est sûre : à quelques semaines du scrutin, Donald Trump joue gros sur ce dossier.
CTV & Reuters





